Un analyste qui valorise une entreprise en septembre avec ses chiffres de l’exercice fiscal clôturé en décembre dernier travaille sur des données vieilles de neuf mois.
Dans un contexte de transaction M&A, c’est un écart qui peut coûter cher. Le LTM existe précisément pour éviter ce décalage.
Qu’est-ce que le LTM en finance?
LTM signifie Last Twelve Months – soit les douze derniers mois glissants précédant la date d’analyse. On le retrouve aussi sous les acronymes TTM (Trailing Twelve Months) ou rolling twelve months, selon les institutions et les marchés. Derrière ces labels, le même concept : une fenêtre temporelle mobile qui se recale en permanence sur la date du jour.
La différence avec un exercice fiscal est fondamentale. Une entreprise dont l’exercice se clôture le 31 décembre publie ses résultats annuels en mars. Son LTM calculé en septembre de l’année suivante couvrira d’octobre N à septembre N+1, soit une période qui ne correspond à aucun exercice.
Selon le Corporate Finance Institute, le LTM peut référencer n’importe quelle période de 12 mois consécutifs – c’est cette flexibilité qui le rend utile.
Comment calculer le LTM d’une entreprise?

Deux méthodes coexistent en pratique. La première, la plus directe : sommer les quatre derniers trimestres publiés. Si vous disposez des résultats Q3 N, Q4 N, Q1 N+1 et Q2 N+1, leur addition donne le LTM à fin Q2 N+1.
La seconde méthode, privilégiée par Wall Street Prep, utilise la formule ajustée :
LTM = Dernier exercice fiscal + YTD actuel – YTD de l’année précédente à la même période
Concrètement : si l’exercice fiscal s’est clôturé au 31/12 et que vous analysez en septembre, vous ajoutez les revenus des neuf premiers mois de l’année en cours (YTD actuel) et retirez les revenus des neuf premiers mois de l’année précédente.
Pour les sociétés américaines cotées, ces données proviennent des formulaires SEC 10-K (annuel) et 10-Q (trimestriel). Un point souvent négligé : le LTM ne touche jamais au bilan comptable. Seul le compte de résultat est concerné – chiffre d’affaires, EBITDA, résultat net.
La logique est simple : le bilan photographie un stock à un instant T, alors que le LTM mesure des flux sur une durée. Additionner deux bilans n’a aucun sens, additionner deux semestres de revenus en a un.
Les métriques LTM essentielles : revenus, EBITDA et BPA
Trois grandeurs concentrent l’essentiel des usages. Le LTM Revenue agrège les revenus nets des quatre derniers trimestres – c’est la base de tout multiple de valorisation par le chiffre d’affaires.
Le LTM EBITDA donne une approximation du résultat opérationnel courant sur 12 mois glissants, neutralisant les effets de structure financière et fiscale. Enfin, le BPA LTM (bénéfice par action) alimente directement le PER, le ratio prix/bénéfice que tout investisseur actions connaît.
Ces métriques sont interdépendantes. Un PER calculé sur un BPA LTM récent sera toujours plus fiable qu’un PER basé sur le dernier exercice annuel publié, surtout si l’entreprise a connu des turbulences entre-temps.
La fréquence de mise à jour idéale est trimestrielle – à chaque publication de résultats, le LTM roule d’un trimestre et les ratios se recalibrent automatiquement. Certains outils de Revenue Operations intègrent d’ailleurs cette logique de données glissantes pour piloter les performances commerciales en temps quasi réel.
Le LTM s’impose comme référence centrale en M&A et Private Equity

En banque d’investissement, le multiple EV/LTM EBITDA domine les analyses d’acquisition. Un EV/EBITDA de 8x signifie qu’un acquéreur paie l’équivalent de huit années d’EBITDA courant pour prendre le contrôle de la cible – c’est le multiple de référence sur la plupart des transactions mid-market selon Likeo.
Les lettres d’intention (LOI) mentionnent systématiquement un prix exprimé comme multiple d’EBITDA LTM. Cette convention simplifie la négociation : vendeur et acheteur s’accordent sur une base commune, même si des ajustements (éléments non récurrents, earn-out) viennent ensuite affiner le prix définitif.
En LBO, la logique est identique mais appliquée à la dette. Le niveau de levier levé auprès des prêteurs s’exprime comme un multiple de l’EBITDA LTM – typiquement autour de 5x selon Finance-able.
Un sponsor qui rachète une entreprise avec un EBITDA LTM de 20 M€ pourra donc lever environ 100 M€ de dette senior avant de commencer à buter sur les covenants bancaires.
Quelles sont les limites du LTM dans l’analyse financière?
Le LTM a un défaut structurel : il intègre les événements exceptionnels dans sa fenêtre glissante pendant douze mois complets.
Un sinistre industriel, une commande exceptionnelle ou une cession d’actif au T2 d’une année pèsera sur tous les LTM calculés jusqu’au T2 de l’année suivante. L’EBITDA LTM peut ainsi sur- ou sous-estimer la performance récurrente de façon significative.
La saisonnalité crée un biais similaire. Une entreprise de distribution dont 60% des ventes se concentrent sur le dernier trimestre verra son LTM Revenue évoluer fortement selon que le dernier Q4 est inclus ou non dans la fenêtre.
Deux LTM calculés à trois mois d’intervalle peuvent afficher des écarts de 15 à 20% sans que l’activité sous-jacente ait réellement changé.
La précaution standard consiste à retraiter le LTM en éliminant les éléments non récurrents – une démarche identique à celle appliquée au compte de résultat normalisé.
Certains analystes complètent l’analyse par un NTM (Next Twelve Months) basé sur les projections, pour confronter le passé glissant aux prévisions. Le LTM seul ne raconte jamais toute l’histoire : c’est un point de départ rigoureux, pas une conclusion.
Traiter le LTM comme une vérité absolue sans interroger la qualité des trimestres qui le composent, c’est confondre la mécanique du calcul avec la réalité économique de l’entreprise.