Singulart

Avis sur Singulart : la plateforme vaut-elle vraiment le coup pour les artistes et les acheteurs ?

Une commission qui peut dépasser 45 %, une sélection draconienne, et pourtant une croissance de 86 % en plein confinement. Singulart divise autant qu’elle séduit. Voici ce que les chiffres et les retours d’expérience disent vraiment de cette plateforme.

Qu’est-ce que Singulart?

Singulart a été fondée en 2017 à Paris par Denis Fayolle, Brice Lecompte et Vera Kempf. Le concept : une galerie d’art en ligne qui met en relation des artistes contemporains avec des collectionneurs du monde entier, sur un modèle inspiré des grandes places de marché digitales plutôt que des galeries traditionnelles.

La plateforme propose des œuvres originales couvrant la peinture, la sculpture, la photographie, la gravure et d’autres médiums. Elle fonctionne en six langues – anglais, français, allemand, espagnol, italien et mandarin – et référence des artistes de 80 nationalités différentes.

En 2025, Singulart rassemble environ 12 000 artistes issus de plus de 165 pays, attire 2,6 millions de visiteurs mensuels et enregistre environ 1 700 ventes par mois.

L’entreprise compte plus de 120 collaborateurs issus de plus de 25 nationalités, basés principalement à Paris. En 2021, elle levait 60 millions d’euros lors d’un tour de table de Série B, signal fort de sa montée en puissance sur le marché de l’art en ligne.

Comment fonctionne Singulart?

Singulart

L’accès à la plateforme n’est pas libre : les artistes déposent une candidature évaluée par une équipe curatoriale interne. La sélection repose sur des reconnaissances démontrées – expositions en galerie, ventes aux enchères, présence dans des collections institutionnelles. Ce n’est pas une marketplace ouverte à tous.

Une fois accepté, chaque artiste est associé à un agent dédié. Cet agent gère la relation avec la plateforme, facilite les échanges avec les acheteurs potentiels et accompagne la mise en valeur du portfolio. C’est l’un des arguments différenciants de Singulart par rapport à des plateformes plus automatisées.

Du côté acheteur, le processus est sécurisé de bout en bout : paiement, expédition, assurance. Chaque œuvre vendue est accompagnée d’un certificat d’authenticité signé par l’artiste. Les acheteurs disposent de 30 jours après livraison pour demander un retour, ce qui réduit le risque perçu sur un achat à distance.

Singulart est aussi présente dans des foires physiques. En 2019, elle est devenue la première galerie d’art en ligne à exposer dans ce type d’événement – SCOPE Art Show à New York, Aqua Art Miami, Affordable Art Fair, entre autres.

Cette présence hybride renforce la crédibilité de la plateforme auprès des collectionneurs habitués aux circuits traditionnels.

Quelle est la commission de Singulart?

C’est le point qui cristallise le plus de tensions. Singulart prélève une commission de 45 % sur chaque vente. Pour les artistes résidant en France et non assujettis à la TVA, les CGU précisent une commission de 45,5 % du prix TTC de l’œuvre.

Certains artistes évoquent un taux atteignant 50 % selon les configurations, chiffre qui ressort notamment d’une pétition collective signée par des artistes mécontents.

À titre de comparaison, Saatchi Art prélève 35 %, Artfinder tourne autour de 33 à 40 % selon le niveau d’abonnement choisi, et une galerie physique traditionnelle retient généralement entre 40 et 50 %. Singulart se situe donc dans la fourchette haute, sans en être totalement hors norme.

Ce qui distingue Singulart sur ce point : il n’y a pas d’abonnement mensuel obligatoire. L’artiste ne paie rien tant qu’il ne vend pas. Le modèle est entièrement à la commission, ce qui déplace le risque financier vers la plateforme – et justifie en partie ce taux élevé. Mais pour un artiste dont les œuvres se vendent régulièrement et à prix élevé, l’addition devient conséquente.

Ce que gagnent réellement les artistes sur Singulart

Singulart plateforme d'artiste

Prenons un exemple concret. Une toile mise en vente à 800 euros rapporte à l’artiste entre 400 et 440 euros après commission, selon son pays de résidence et son statut fiscal. Sur une œuvre à 3 000 euros, il perçoit entre 1 500 et 1 650 euros. Le revenu net dépend donc directement du volume et du prix moyen des œuvres vendues.

Singulart ne verse pas de salaire fixe. Il n’existe pas de rémunération garantie, ni de minimum mensuel. Le modèle économique repose entièrement sur les ventes réalisées. Pour un artiste qui vend peu ou dont le panier moyen est faible, la plateforme peut ne générer qu’un revenu marginal.

L’absence d’abonnement obligatoire est un avantage réel pour les artistes en phase de test. Mais cela signifie aussi que Singulart n’a pas d’incitation à positionner activement les artistes qui vendent peu – le modèle favorise mécaniquement ceux qui génèrent déjà du volume.

Les artistes les plus actifs et les plus vendeurs bénéficient d’une meilleure visibilité dans les algorithmes de la plateforme.

Avis et retours d’expérience sur Singulart

Du côté des artistes, les avis se répartissent nettement. Les points positifs reviennent souvent : visibilité internationale réelle, audience qualifiée, interface soignée, et accompagnement par un agent dédié qui répond effectivement aux sollicitations.

Le fait que 91 % des ventes se réalisent à l’étranger est un argument solide pour tout artiste francophone cherchant à toucher des collectionneurs hors de France.

Les critiques sont aussi documentées. La commission élevée est la plus fréquente, mais ce n’est pas la seule. Certains artistes se plaignent d’un manque de transparence sur les critères de mise en avant des œuvres, d’une communication jugée parfois trop commerciale, et d’une relation déséquilibrée où l’artiste a peu de leviers de négociation.

Une pétition collective signée par des artistes représentés a mis en lumière ces tensions, notamment autour du taux de commission et des conditions contractuelles.

Les retours d’acheteurs sont globalement positifs. La qualité du service logistique, la fiabilité des livraisons et la politique de retour à 30 jours sont régulièrement cités comme points forts.

Les acheteurs apprécient aussi la profondeur du catalogue et la possibilité de filtrer par style, technique, format ou budget. Les incidents signalés restent rares et semblent traités avec réactivité par le service client.

Singulart est-il le meilleur site pour vendre ses tableaux?

Singulart peinture

La réponse dépend du profil de l’artiste et de ses objectifs. Singulart excelle sur un critère précis : l’accès à une audience internationale qualifiée. Avec 2,6 millions de visiteurs mensuels et 91 % de ventes réalisées à l’étranger, la plateforme offre une exposition que peu d’alternatives peuvent égaler sans investissement publicitaire personnel.

Saatchi Art offre une commission plus basse (35 %) et une audience anglophone massive, mais la concurrence y est plus diffuse et le suivi moins personnalisé. Artfinder mise sur une communauté d’acheteurs engagés, avec un modèle d’abonnement mensuel pour les artistes.

La vente directe via les réseaux sociaux ou un site personnel élimine toute commission, mais exige un travail marketing conséquent et ne garantit aucune visibilité organique.

Les galeries physiques restent pertinentes pour les artistes dont la cote est établie et dont les œuvres se vendent au-dessus de 5 000 euros. En dessous de ce seuil, les frais d’exposition et les délais de paiement rendent souvent le modèle moins rentable que le digital.

Singulart convient surtout aux artistes déjà reconnus

Le processus de candidature de Singulart n’est pas une formalité. La plateforme recherche des artistes avec un parcours démontrable : expositions, prix, représentation en galerie, ventes traçables. Un artiste émergent sans historique d’exposition ou de vente aura peu de chances d’être sélectionné, quel que soit le niveau technique de son travail.

Ce positionnement a une logique économique claire : Singulart ne peut maintenir sa réputation auprès des collectionneurs qu’en garantissant un niveau de qualité homogène. Mais cela exclut de facto une large partie des artistes qui auraient le plus besoin d’une plateforme pour démarrer.

Pour un artiste confirmé – avec quelques expositions au compteur, des ventes documentées, une pratique régulière – Singulart offre un levier d’internationalisation difficile à reproduire seul.

Pour un artiste en début de carrière, mieux vaut consolider son parcours ailleurs avant de postuler. La plateforme n’est pas une rampe de lancement : c’est un accélérateur pour ceux qui ont déjà décollé.